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01.
Parures. Voiler / Dévoiler, Magnifier / Dissimuler, Séduire / Duper ?
Le terme parure est souvent employé aujourd’hui comme un synonyme de bijoux. En fait, ses modalités et sa définition varient en fonction du contexte chrono-culturel dans lequel on se place, mais ses fonctions sont universelles. Dans toutes les sociétés, d’hier à aujourd’hui, la parure sert, selon les circonstances, à modifier son apparence en vue de différents effets : provoquer une attirance sexuelle, susciter l’admiration ou le prestige, signaler une appartenance, inclure / exclure d’un groupe, marquer son statut social ou en changer, dissimuler ou modifier son identité, protéger le porteur ou encore le soigner, etc. Objet du quotidien ou non, la parure peut regrouper des éléments de différentes natures : corporelles et cosmétique – comprenant, outre le tatouage et les peintures corporelles, les cicatrices, les déformations, voire les attributs du corps – ou matérielle – masques, bijoux, vêtements... ». Elle peut changer de fonction avec le temps ou dans un contexte modifié (comme lorsque cet élément de parure devient objet de musée). Elle peut également révéler les modes, mais aussi les réseaux diplomatiques, artisanaux, commerciaux, comme en témoignent le trafic de l’ambre dans l’Antiquité, les routes de la soie, ou encore l’usage de la nacre. Comme les humains, d’autres espèces présentent des attributs physiques, répondant à des stratégies variées. Ainsi les bois des cervidés leur servent à susciter l’admiration et le prestige, marquer un statut social, se protéger lors des combats, mais aussi séduire d’éventuelles partenaires. D’autres espèces pratiquent la dissimulation ou l’imitation, pour échapper à des prédateurs ou, au contraire, surprendre leurs proies.
La sélection d’œuvres effectuée par les équipes des musées de Bourgogne Franche-Comté vous offre l’opportunité de vous approprier cette thématique particulièrement féconde en voyageant dans le temps et en s’intéressant aux multiples dimensions qui se cachent derrière la parure.
01. -
Crâne et bois de Megaceros Megaloceros giganteus Anonyme
Provoquer une attirance sexuelle - Protéger / Soigner
Un gigantesque cerf habitait autrefois dans des milieux ouverts, steppes et toundras froides d’Europe et d’Asie. L’espèce s’est éteinte à la fin de la dernière glaciation, en raison du réchauffement du climat et de la progression des forêts. En effet l’envergure de ses bois rendait difficile ses déplacements et sa survie entre les troncs d’arbres. Comme chez la plupart des cervidés, les bois sont des traits ornementaux présents chez les mâles. Ils se renouvellent chaque année, atteignent leur développement maximal pendant la période de reproduction (rût), puis tombent en automne ou en hiver. Ces appendices très volumineux ont été favorisés au cours de l’Evolution, surtout en lien avec la compétition sexuelle. Le succès reproducteur des mâles est corrélé avec la force et la taille des bois. Ainsi, un mâle disposant de bois forts et bien développés a plus de chances d’imposer sa domination lors de combats entre mâles et de défendre le groupe en cas d’attaque par un prédateur. Il sera ainsi davantage choisi par les femelles pour l’accouplement.
Jardin de l’Arquebuse, Muséum d’histoire naturelle de Dijon Crâne et bois de Megaceros Megaloceros giganteus Anonyme -
Elément de parure néolithique : collier Inconnu
Identité / Appartenance
La grotte sépulcrale du Mont, dite de Cravanche et située à Belfort, a été découverte fortuitement par deux ouvriers en 1876 dans une carrière. Des fouilles sont entreprises immédiatement par Félix Voulot, puis par l’abbé Glory en 1938. Ils sauvent l’essentiel du mobilier mis au jour : ossements humains, outillage, poteries. Cette grotte s’étend sur près de 300 m et se divise en 9 galeries, dont 3 sont accessibles. À partir de 1972, les études montrent trois phases d’occupation, dont deux marquées par une fonction funéraire : la grande salle souterraine a servi de nécropole à des populations du Néolithique. Cette grotte est un marqueur privilégié de la néolithisation dans la Trouée de Belfort et souligne la réalité des contacts entre les cultures orientales et méridionales au cours de la seconde moitié du Ve millénaire. Réhabilitée en 2008, la grotte se visite quelquefois dans l’année car elle est un lieu d’hibernation pour les chauves-souris.
Musée d’Art et d’Histoire de Belfort Elément de parure néolithique : collier Inconnu -
Bracelet à godrons Inconnu
Marquer un statut social
Ce bracelet en bronze est dit « à godrons », « à bossettes » ou « à oves » puisqu’il présente six saillies volumineuses, séparées par des lignes incisées sur l’ensemble de sa circonférence. Au niveau de la face interne, chaque godron est creux. En outre, l’un est sectionné en son centre. Le bracelet a été découvert de manière fortuite dans le bois du Porouin, ou Poroin, à Annay-la-Côte, dans l’Yonne. Il était recouvert d’un tumulus qui abritait de nombreux ossements humains sous un monceau de pierres. Plutôt massif, le bracelet s’inscrivait dans un ensemble de mobilier composé de plusieurs anneaux similaires en bronze, de différentes tailles. Ce modèle de bijou gaulois était porté au poignet, sur le bras ou en tant qu’anneau de cheville. Il est fréquent dans des dépôts métalliques sur les territoires du Bassin parisien et du quart nord-est de la France. De même, des dépôts en actuelle Occitanie, correspondant à l’industrie du bronze dite launacienne, incluent des bracelets à décor plastique de bossettes. Ils sont datés du début de l’âge du Fer (Hallstatt), période durant laquelle ce type s’épanouit, bien qu’il apparaisse déjà au Bronze Final. En somme, ces bracelets à godrons sont mis au jour dans diverses régions de France. La Bretagne en fait partie, récemment représentée par la découverte remarquable de 17 de ces bracelets en bronze dans une sépulture à Muzillac. De nombreux autres, datés autour du VIe siècle av. J.-C., étaient issus de tumulus dans le Morbihan.
Musée de l’Avallonais Jean Despres Bracelet à godrons Inconnu -
Dépôt de parures cérémonielles de la Dame de Mathay Inconnu
Identité / Appartenance - Protéger / soigner
Le dépôt de la Dame de Mathay montre le rôle ostentatoire et religieux de la parure à l’âge du Bronze Final. Cet ensemble cérémoniel de 346 bijoux et objets, découvert enfoui dans une céramique de 15 litres, devait servir à magnifier le corps d’une femme de la haute société. Cette parure illustre la richesse et l’influence de ses propriétaires, tout en témoignant de réseaux d’échanges en Europe : bien que les éléments en bronze soient fabriqués localement, les 1063 perles de verre bleu sont d’origine italienne et l’ambre provient des rives de la mer Baltique. Plus qu’un indicateur de statut social, ces ornements possèdent une importante connotation spirituelle associée à la symbolique du culte solaire. Les motifs de cercles concentriques imprimés sur les sphères dorées combinés à l’éclat de l’ambre rappellent le soleil. Par ailleurs, les pendeloques en forme de peigne évoquent les barques solaires présentes dans l’art rupestre scandinave.
Musée du château des ducs de Wurtemberg (Montbéliard) Dépôt de parures cérémonielles de la Dame de Mathay Inconnu -
Dépôt de Blanot Inconnu
Marquer un statut social, Susciter l’admiration ou le prestige
Le dépôt de Blanot est un important dépôt de l’âge du Bronze découvert fortuitement sur la commune éponyme de Côte-d’Or, au début des années 1980. Daté du Xe siècle avant notre ère, ce dépôt réunit des récipients à des restes de vêtement et à de la parure. Les premiers sont constitués d’un chaudron, d’une coupe, de fiasques en bronze et d’un vase en terre cuite. Près de 600 anneaux et sept pendeloques en bronze sont de fonction indéterminée. En revanche, des vestiges de cuir sur lesquels étaient fixés des cabochons en bronze devaient correspondre à un vêtement. La tenue est complétée par une ceinture articulée et un lourd bracelet en bronze, ainsi que trois paires de jambières aux décors géométriques de même métal et trois colliers de perles, dont deux à perles d’or et un à perles de bronze. Les trois paires de bracelets et les trois colliers sont de trois tailles différentes qui semblent correspondre aux trois âges de la vie d’une femme : l’enfance, la jeune fille et l’adulte. La raison de l’enfouissement de ce dépôt, qui pourrait avoir appartenu à une femme de haut rang, reste inconnue.
Musée archéologique de Dijon Dépôt de Blanot Inconnu -
Fibule ansée à cinq digitations Art mérovingien (royaume burgonde)
Identité / Appartenance
Cette pièce importante du fonds archéologique du musée fait partie d’un groupe de fibules apparenté au type de Bittenbrunn. Caractérisé par son décor végétal de volutes, le bijou porte à sa tête des digitations moulurées caractéristiques de cette typologie, et un pied en forme de losange est cantonné de quatre loges circulaires avec incrustation de grenats. Parmi les exemplaires connus en Europe, deux fibules de la nécropole de Brochon (Côte d’or) offrent les plus grandes similitudes par leur décor spiralé et la forme des moulures digitées.
Ce modèle de bijou appartient au costume féminin de populations installées dans la vallée du Danube et en Italie ostrogothique. Sa présence en Franche-Comté, en Bourgogne et dans la région de Bâle notamment, révèle que des femmes étrangères au peuplement gallo-romain indigène ont été inhumées dans nos régions. Depuis la seconde moitié du Ve siècle en effet, l’installation du royaume de Burgondie (443-534) s’est accompagnée de l’apport d’immigrants qui se sont insérés rapidement parmi l’aristocratie et les notables locaux, par le biais des institutions militaires le plus souvent. La présence de cet objet de parure dans la région doloise, aux alentours de 500, témoigne certainement des relations entretenues par les Burgondes, alors au pouvoir, avec les territoires germaniques orientaux.
Musée des Beaux-Arts de Dole Fibule ansée à cinq digitations Art mérovingien (royaume burgonde) -
collier en perles Inconnu
Protéger - Soigner
À Bierry-les-Belles-Fontaines, dans l’Yonne, le projet de construction d’un pavillon sur le terrain de l’ancien verger du presbytère déclencha une fouille de sauvetage entre 1986 et 1988, à l’initiative de la Direction des Antiquités Historiques de Bourgogne. C’est sur ce site, occupé depuis l’âge du Bronze, qu’une nécropole mérovingienne d’importance, utilisée de la fin du Ve siècle à la fin du VIIe siècle, fût découverte. Parmi les 240 tombes fouillées, certaines se sont révélées aristocratiques, présentant un riche mobilier funéraire, en particulier pour les femmes. En effet, si quelques armes et outils ont été recueillis, les objets de parure sont les plus abondants et les plus qualitatifs. Les colliers sont nombreux, souvent composés de perles en ambre, en témoignent les 49 de l’exemplaire ci-contre. Sur d’autres modèles, les perles sont en verre. Une sépulture exceptionnelle a livré un collier fait de 18 fines perles tubulaires en feuille d’or enroulée, tandis qu’une autre s’est distinguée par un collier reliant 149 minuscules perles, parfois en-dessous du millimètre. Ainsi, au-delà du matériau, leurs tailles, leurs formes et leurs couleurs sont diverses, y compris au sein d’un même bijou. Les colliers peuvent par ailleurs être associés à une grosse perle en ambre ou encore à une rondelle de bois de cerf, des objets qui, dans de rares cas, faisaient office de pendentif. Des vertus prophylactiques et apotropaïques (de protection) leur étaient attribuées.
Musée de l’Avallonais Jean Despres collier en perles Inconnu -
Garniture de ceinture Inconnu
Identité / appartenance
Les collections belfortaines comportent de nombreuses garnitures de ceinture livrées lors des fouilles de cimetières mérovingiens au début du XXe siècle, comme celui de Bourogne (Territoire de Belfort). Ce cimetière mérovingien contenait 214 sépultures et les squelettes étaient tous orientés selon l’axe de la course du soleil : tête à l’est et pieds à l’ouest. Plus de 800 objets ont été retrouvés et attestent de l’importance du site : poteries, bijoux et armes. Les garnitures de ceinture, portées par les hommes et les femmes, ont un rôle pratique et décoratif. Les plaques-boucles ferment la ceinture avec un ardillon et maintiennent la courroie du baudrier. Gravées, incrustées de feuilles d’argent et de fils de laiton et d’argent, parfois plaquées d’argent également, leur forme évolue pendant plusieurs siècles. La technique du damasquinage témoigne ici d’une grande maîtrise de l’orfèvrerie, les dessins affichant entrelacs, nattes ou même têtes d’animaux.
Musée d’Art et d’Histoire de Belfort Garniture de ceinture Inconnu -
Portrait en buste d’une concubine impériale Attribué à Jean-Denis Attiret (1702-1768)
Susciter l’admiration ou le prestige
Membre d’une importante dynastie d’artistes dolois, Jean-Denis Attiret fit son apprentissage dans l’atelier familial, avant de quitter Dole à l’âge de 33 ans en 1735 pour Avignon, et de s’engager dans une voie spirituelle au sein de la Compagnie de Jésus. Le jeune missionnaire fut envoyé en Chine trois ans plus tard, à la cour de l’empereur Quianlong, où il fut nommé peintre de cour. Il dût assimiler les préceptes de l’art chinois pour répondre aux commandes impériales. Il abandonna ainsi son héritage artistique occidental pour apprendre à peindre sur de nouveaux supports, la gaze, la soie, le papier huilé, et s’initier à une iconographie nouvelle.
Le Portrait d’une concubine impériale s’intègre dans le répertoire des portraits peints par Jean-Denis Attiret à la demande de l’empereur. La figure de la jeune femme, coiffée d’une toque en loutre, parée de boucles d’oreilles en perles de Mandchourie et vêtue d’une robe au dragon, symbole de la puissance impériale, démontre un art maîtrisé du dessin et de la connaissance de la symbolique du costume chinois, composante qui compte dans cette tradition artistique davantage que la ressemblance avec le modèle ainsi peint.
Musée des Beaux-Arts de Dole Portrait en buste d’une concubine impériale Attribué à Jean-Denis Attiret (1702-1768) -
Portrait de Madame de Buffon François Hubert Drouais, Drouais le Fils
Susciter l’admiration ou le prestige / Marquer un statut social
Le portrait de la comtesse de Buffon, conservé au musée et parc Buffon depuis 2008, fait partie des réalisations du peintre. Exposé au Salon de 1761, cette œuvre était présentée en miroir du portrait de son époux le comte de Buffon, George-Louis Leclerc. La comtesse est représentée debout, le corps légèrement tourné vers la gauche, le visage de face. Elle est installée à côté d’une console – positionnée le long d’un mur mouluré – sur laquelle deux livres sont posés. Sa chevelure argentée, tirée en arrière, est agrémentée d’une aigrette et de fleurs des champs. Elle porte un tour de cou en coquillage de nacre et de perles et est habillée d’un manteau de satin marron glacé à pois, brodé de vison. Ses mains sont cachées dans un manchon de même fourrure. L’encolure et les manches du manteau sont garnis d’une dentelle finement ciselée et agrémentée de motifs floraux. Ce tableau, réalisé deux ans avant le portrait de la marquise de Pompadour, montre déjà l’intérêt de François Hubert Drouais pour les textures. Usant de jeux de lumière, il révèle les textiles et met parfaitement en lien les parures et leurs porteurs. La nacre, la dentelle et les petites fleurs entrent en résonnance avec la comtesse et soulignent sa douceur, sa délicatesse, sa préciosité. La nacre ici représentée est, à l’époque, un produit de luxe que les élites des différents royaumes accaparent. Elle fait l’objet d’un commerce intensif depuis sa découverte par les européens. Il en est de même pour la perle.
Musée et parc Buffon Portrait de Madame de Buffon François Hubert Drouais, Drouais le Fils -
Mahé de la Bourdonnais Augustin Dumont
Susciter l’admiration ou le prestige - Marquer un statut social
Bertrand François Mahé de La Bourdonnais (1699-1753) est un officier de marine qui a servi son pays toute sa vie. Il travailla pour la Compagnie française des Indes orientales, puis fut nommé gouverneur général des Mascareignes. Il prit ensuite la tête d’une escadre pendant la guerre de Succession d’Autriche contre la flotte anglaise. Il reçut la croix de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, visible sur sa redingote. Il porte une coiffure en perruque poudrée, avec les cheveux frisés séparés en deux par une raie médiane, les oreilles cachées. Comme le faisaient les militaires à l’époque, pour alléger le poids des perruques, les mèches sont rassemblées en deux queues enfermées et serrées dans une bourse fermée par un ruban, l’une visible devant sur l’épaule gauche, l’autre derrière sur l’épaule droite. Il est habillé avec un justaucorps à boutonnage serré, aux manches retournées en forme de botte et aux poches à boutons ouvertes. Ce justaucorps ouvert permet de voir la veste à boutonnage très serré, déboutonnée vers le haut (excepté le dernier bouton) et vers le bas, laissant apparaître une chemise garnie de dentelle visible aux poignets. Un jabot en dentelle décore le haut de la poitrine tandis que le cou est protégé par une cravate. Il porte une culotte boutonnée, des bas et des chaussures à boucles et à bouts carrés. Mahé de La Bourdonnais est présenté debout, la pointe d’un pied débordant du socle. Il porte une épée du côté gauche mais elle est cassée, il ne reste que la partie cachée sous le justaucorps et la veste. De sa main droite, il désigne à la fois l’épée et les feuilles qu’il tient dans la main gauche, probablement des documents importants liés à son statut d’officier de marine. Derrière lui, vers son pied droit, sont installés trois objets symboliques : l’ancre marine, un tronc de palmier et un boulet de forçat évoquant la traite négrière. Sa tenue et sa coiffure reflètent la mode de la première moitié du XVIIIe siècle.
Musée de Semur-en-Auxois Mahé de la Bourdonnais Augustin Dumont -
Chasuble Inconnu
Marquer un statut social
Cette chasuble est actuellement classée au titre des monuments historiques. Cette inscription, réalisée au tout début du XXe siècle, mentionne que l’objet liturgique a été donné par le roi Louis XIV. Cette attribution, toutefois, est à relativiser. La chasuble dispose d’un fond en satin de soie écru avec broderies d’or en relief et semi de paillettes en forme de fleurettes. La doublure, elle, est réalisée en taffetas pourpre. Les bords du tissu sont ornés d’un galon brodé en relief d’un motif d’écailles se chevauchant. L’objet, par sa forme et son décor, semble être datable du XVIIIe siècle plutôt que du XVIIe siècle. De fait, il a longtemps été admis que l’objet pouvait avoir été pillé, au moment des campagnes napoléoniennes à l’Espagne. Junot, général de l’Empereur et duc d’Abrantès, bénéficiait d’une villa à Montbard. Si cette hypothèse a un temps été prépondérante, elle est aujourd’hui écartée. Les archives du diocèse font état de la réception d’un colis, en 1806, pouvant correspondre à l’objet. Au-delà des artifices qui entourent les pratiques religieuses des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, qui usent souvent d’ornements floraux, faits de fils dorés et colorés, l’objet témoigne des recherches menées actuellement sur le sujet. Les journées d’étude visant à dater de manière très précises ces pièces sont en cours et devraient dégager des objets de références afin de clarifier les changements opérés par les manufactures spécialisées.
Musée Buffon Chasuble Inconnu -
Bracelet « Serpent » Anonyme
Protéger / Soigner
Bracelet ou collier « Serpent » en or. La tête est ornée d’une émeraude encadrée de trois diamants disposées en triangle. Les yeux du reptile sont en diamant. A la base de la tête, un collier d’émeraudes et de diamants alternés. Le corps, articulé, est composé d’écailles d’or d’une extrême souplesse. Les écailles céphaliques, dorsales lisses et ventrales conférent un aspect naturaliste au bijou. Le bracelet est muni d’un fermoir. « Les écailles sont tellement souples, les ondulations si vraies que les arabes croyaient en sa personnalité animale, à la réalité de ce serpent qui les tentait fort, bien qu’ils en eussent grand’ peur. Une des prêtresses du soleil (Chariclaée ou Chariclée) est parée d’un semblable bijou dans un roman grec. C’est mon premier bijou de jeune femme, je le portais au bras, deux fois enroulé ou au cou. C’est là vraiment une œuvre d’art qui mérite d’être mise à l’abri d’un jeune caprice ou d’un héritier inintelligent. Je me sépare de ce bijou par respect pour sa beauté. » L.A. de Blocqueville – Catalogue de la Salle d’Eckmühl - Paris-1882
Musées d’Auxerre - Salle Davout d’Eckmühl Bracelet « Serpent » Anonyme -
Paire de fibules en S Inconnu
Identité / Appartenance
Conservées au musée de Champagnole, ces deux fibules mérovingiennes du VIe siècle forment une paire assortie portée en miroir sur le vêtement. Leur silhouette en S en fer forgé revêtu d’une feuille d’or n’est pas qu’une simple courbe décorative : elle évoque un profil animal stylisé (corps cambré, tête et queue se répondant) typique du bestiaire fantastique cher aux artistes de cette période. L’estampage en lignes croisées fait scintiller la surface comme des écailles ou un pelage. Les quatre trous ajourés allègent la silhouette, accentuant l’impression de légèreté animale. Trois grenats cloisonnés (deux circulaires, un rectangulaire) ponctuent la créature de rouge sang. Ces pierres venues d’Europe centrale ou d’Asie témoignent de l’étendue des réseaux d’échange de l’époque. Portées en vis-à-vis sur la poitrine, les deux fibules se faisaient face.
Musée archéologique de Champagnole Paire de fibules en S Inconnu -
Bracelet acrostiche FOSSIN Jean-Baptiste ( attribué à)
Transmettre un message - Témoigner son amour
Bracelet en or, orné des emblèmes des arts : guerre, sculpture, peinture, poésie et musique, séparés par une pierre fine ou précieuse, en cabochon : Améthyste, Lapis, Opale, Néphrite, Émeraude forment un mot (ALONE). Une femme couchée est appuyée à un écusson chargé d’une étoile de brillants. Sous cet écusson seraient conservés les cheveux d’un enfant royal disparu fort jeune dans des circonstances quelque peu mystérieuses. Faut-il rapprocher cet objet du coffret dit de « Marie-Antoinette conservé dans les collections de la salle ? » « Ce bracelet, commandé dans mes vingt ans, est un poème lié à un autre poème » Référence au poème de John Keats (1795-1821) « Seul dans la splendeur ». L.A. de Blocqueville – Catalogue de la Salle d’Eckmühl - Paris-1882 Pièce d’orfèvrerie typique du XIXe siècle, le bracelet acrostiche est tombé peu à peu dans l’oubli. Le bijou acrostiche est un bijou « à message » où l’initiale de chaque pierre forme un message, une devise sentimentale, un prénom…
C’est à l’époque napoléonienne que Chaumet crée les premiers bracelets acrostiches pour les impératrices Joséphine et Marie-Louise. Sertis de pierres précieuses et fines, ils se lisent comme le poème éponyme. Le bracelet peut présenter un minuscule coffret ouvrant. Destiné sans doute à recevoir des mèches de cheveux, cette « cachette » donne au bijou une fonction apparentée à celle des médaillons ouvrants. Certaines pièces acrostiches sont très simples à décrypter mais d’autres indéchiffrables demeurent un mystère.
Musées d’Auxerre - Salle Davout d’Eckmühl Bracelet acrostiche FOSSIN Jean-Baptiste ( attribué à) -
Portrait de jeune femme Jules de Vignon
Susciter l’admiration ou le prestige - Marquer un statut social
Cette jeune femme non identifiée porte un collier en or et une étole d’hermine sur une robe bleue, ainsi qu’une coiffure en bandeaux. Cette coiffure est arborée par les femmes dès 1805, avec des boucles, et portée plus simplement à partir de 1830. Les cheveux sont plats, tirés en arrière vers le chignon, et couvrant tout ou partie de l’oreille. Coiffure en vogue pendant la Monarchie de Juillet (1830-1848), elle est associée à la bourgeoisie. Les femmes enduisaient leur chevelure de bandoline, une substance obtenue à partir de pépins de coing, pour lisser et faire briller. Jules de Vignon (1815-1885) était un peintre belfortain, entré aux Beaux-Arts de Paris, qui exposa au Salon de 1833 à 1882 et semblait influencé par Ingres.
Musée d’Art et d’Histoire de Belfort Portrait de jeune femme Jules de Vignon -
Le faucheur Eugène Guillaume
Marquer un statut social
Ce plâtre représentant le Faucheur est l’un des emblèmes du néoclassicisme. Ce plâtre d’atelier a été réalisé en vue de fabriquer le bronze, très connu, exposé au musée d’Orsay, à Paris. Si la sculpture connaît un véritable succès académique, elle achève également un cycle qui proclamait l’Antiquité grecque et romaine. Les inspirations sont belles et bien présentes puisque la pose du Faucheur renvoie au Gladiateur Borghèse réalisé par Agasias en 100 av. J.-C. Muni de la faux et du chapeau de moissonneur, le modèle est nu le placant au rang de héros, au même titre que ceux de l’Antiquité gréco-romaine. Cet aspect est particulièrement important, puisque l’œuvre s’inscrit dans une période où la figure du paysan connaît un succès retentissant, qu’il faut mettre en lien avec la Révolution de 1848. Dans ce contexte, moissonneurs et bergers trouvent une place de choix parmi les thèmes représentés par les artistes. Les peintres comme Millet ou L’Hermite en sont les symboles. Bien que l’entreprise n’ait pas eu le succès escompté, cette composition d’Eugène Guillaume devait incarner le travail. Au lieu de cela, elle couronne l’art néoclassique tout en proclamant le style sévère, dévoilant ainsi les limites du néoclassicisme.
Musée et parc Buffon Le faucheur Eugène Guillaume -
Canne compagnonnique de Pierre-François Guillon Anonyme
Marquer un statut social
Plus qu’un simple appui, la canne compagnonnique constitue un véritable signe de reconnaissance. Indissociable du voyage, elle accompagne le compagnon sur les routes du Tour de France, matérialisant à la fois son parcours, son expérience et son statut. Objet fonctionnel à l’origine, elle devient rapidement une parure distinctive : sa forme, son travail et parfois ses ornements témoignent du savoir-faire de l’artisan et participent à la mise en scène de son identité. Taillée dans le bois, elle exprime un double registre, utilitaire et symbolique. Elle sert à se soutenir, mais surtout à se montrer. Portée lors des déplacements comme lors des cérémonies, elle signale immédiatement l’appartenance au monde compagnonnique et inscrit son porteur dans une hiérarchie et une tradition. En cela, elle relève pleinement de la parure matérielle : elle modifie l’apparence, suscite l’attention et confère prestige et légitimité. Objet du quotidien transformé en marqueur social, la canne révèle ainsi comment la parure peut à la fois accompagner, distinguer et représenter.
Musée départemental du Compagnonnage Canne compagnonnique de Pierre-François Guillon Anonyme -
La vigne Célestin Nanteuil
Message allégorique - Inspirer
Cette immense toile met en scène la Vigne sous forme d’une allégorie féminine accompagnée de toutes les thématiques en lien avec le vin, en plus de la production : la fête, l’ivresse et l’amour. La Vigne est incarnée par une femme assise sur un tonneau en plein milieu du tableau, avec un départoir dans la main droite, un outil utilisé pour fendre le bois et fabriquer des tonneaux, et une grappe de raisin dans la main gauche. Elle est en grande partie dévêtue, assise sur sa tunique blanche, son manteau rouge cachant ses jambes et ses parties génitales. Une guirlande de vigne couronne sa tête et descend le long de sa hanche jusqu’entre ses genoux. Sa poitrine généreuse, mise en lumière, appelle à la volupté. Outre le départoir, d’autres scènes sont liées à la production du vin : tout au fond à droite, derrière la treille qui abrite la Vigne, deux personnages sont en train de cueillir les grappes, tandis qu’au premier plan à gauche, un homme musclé et torse nu est en train de verser les grappes récoltées dans un fouloir déjà bien rempli. Le thème de l’amour se traduit par la présence du dieu de l’amour Éros, identifiable grâce à ses ailes et son carquois rempli de flèches prêtes à être lancées pour tomber amoureux ; il chuchote dans l’oreille de la Vigne. Juste à côté de lui, un couple s’embrasse avec passion. L’attitude de la Vigne, sa position et la construction du tableau, rappelle sans conteste les compositions liées à Dionysos/Bacchus, dieu du vin et de la vigne, régulièrement représenté sur son char, entouré de son cortège.
Musée de Semur-en-Auxois La vigne Célestin Nanteuil -
Portrait de Madame Mény François-Gustave Dauphin
Susciter l’admiration ou le prestige - Marquer un statut social
Dauphin (1804-1879) est un peintre belfortain qui s’est illustré comme portraitiste, en témoigne cette représentation de Léonie Mény (1832-1891), belle-fille de l’artiste et épouse d’Edouard Mény, nommé maire de Belfort en 1855. Assise dans un sofa rouge, sa tenue est le reflet de son statut social : large peigne à cheveux en or ponctué de perles, jonc d’or et collier de perles enroulés sur ses poignets, robe en velours noir très décolletée et ornée de dentelles. Ce tableau est le pendant de celui de son époux, il s’agit donc probablement de portraits officiels réalisés pour célébrer la nomination de ce dernier.
Musée d’Art et d’Histoire de Belfort Portrait de Madame Mény François-Gustave Dauphin -
La force Eugène Guillaume
Message allégorique - Inspirer
La Force ici représentée est une allégorie féminine. Cette femme très musclée prend une pose déhanchée, les jambes croisées, pieds nus, et s’appuie sur un immense gourdin sur lequel apparaît la signature de l’artiste. La poitrine du sujet est haute et ferme et seulement cachée par une partie par sa tunique. Une peau de lion vient la recouvrir. La gueule ouverte du lion sur sa tête, et le reste de la peau de bête tombe derrière son corps ; les pattes et les griffes sont très visibles, surtout de dos. Ce vêtement n’est autre que la célèbre léonté, une peau de lion – celle du lion de Némée – portée par le héros de l’Antiquité gréco-romaine Héraclès/Hercule. La statue est destinée à décorer la fontaine Saint-Michel à Paris dans le 6e arrondissement. La Force fait partie des quatre vertus cardinales en bronze situées à environ 17 m de hauteur, accompagnant ainsi la thématique de la victoire du Bien contre le Mal. L’ensemble de quatre allégories alimente une série de quatre colonnes qui rythment la structure générale de la fontaine inaugurée en 1860.
Musée de Semur-en-Auxois La force Eugène Guillaume -
Buste de Napoléon Eugène Guillaume
Susciter l’admiration ou le prestige - Marquer un statut social
Ce buste de Napoléon fait partie d’une série de quatre mettant présentant Napoléon à différents moments. La série en question permet de voir l’évolution des représentations et des modes. Tous appartenaient à une commande passée par le prince Napoléon pour orner sa villa pompéienne. Seuls deux d’entre eux manquent à Montbard. Le buste ici présenté montre un Napoléon empereur reprenant le symbole antique de la couronne de laurier. L’élément, intimement lié au monde gréco-romain et à l’Apollon ancre le moment dans l’histoire. Dans l’Antiquité, le laurier sous la forme de la couronne célébrait, les poètes et les chefs de guerre victorieux : le feuillage toujours vert symbolisait l’immortalité acquise par la victoire. Il s’agissait d’une récompense honorifique et prestigieuse attribuée aux grands personnages militaires, que l’Empereur remet au goût du jour. Ce retour à l’Antique va, dès lors, impacter toutes les formes d’arts. Le mobilier comme l’architecture seront particulièrement concernées par ce regain d’intérêt. A son arrivée au pouvoir, Napoléon s’empare aussi d’autres symboles, comme l’abeille. Le choix de l’animal est lié à la capacité de l’espèce à l’organisation, au travail acharné et à son sens du sacrifice pour l’intérêt commun de la ruche. Rien de moins qu’un symbole patriotique idéal, d’autant qu’elles tenaient de l’Église une connotation divine. Pour compléter le buste, l’artiste intègre l’hermine, et surtout le collier de la Légion d’honneur. La distinction est une invention napoléonienne, crée le 19/05/1802. Le premier Grand Chancelier de l’Ordre le 14 août 1803 est le comte de Lacépède, seul non-militaire ayant reçu cette distinction.
Musée et parc Buffon Buste de Napoléon Eugène Guillaume -
La diseuse de bonne aventure (dit aussi La voyante) Jean-Léon Gérôme (attribué à)
Marquer un statut social - Inclure / Exclure
Gérôme (1824-1904) était un ardent défenseur des codes de la peinture académique, mettant l’Histoire en spectacle, de l’Antiquité à son époque. Voyageur à partir de 1885, il peignit la Grèce et un Orient rêvé. Bien que signée, cette toile reste une attribution : le sujet n’est pas connu dans la production du peintre. Cette diseuse de bonne aventure est représentée dans toute sa splendeur et son extravagance : vêtements et bijoux d’apparat impressionnent tout autant que sa boule de cristal, et la vue en contre-plongée participe à cette impression de domination. Elle semble vivre décemment comme en témoignent ses atours, contrairement aux représentations habituellement connues dans l’histoire de l’art qui montrent des femmes souvent âgées, pauvres, offrant la bonne aventure en échange de quelques pièces.
Musée d’Art et d’Histoire de Belfort La diseuse de bonne aventure (dit aussi La voyante) Jean-Léon Gérôme (attribué à) -
Photographie de Pierre-François Guillon Anonyme
Marquer un statut social
Cette photographie offre une mise en scène précieuse de la parure compagnonnique au XIXe siècle. Pierre-François Guillon y apparaît accompagné de ses attributs : la canne et les couleurs, clairement visibles, qui participent à la construction de son image. Loin d’un simple portrait, il s’agit d’une représentation codifiée. Les objets portés ne sont pas accessoires : ils définissent l’individu. La canne renvoie au voyage, étape essentielle du parcours compagnonnique, au cours duquel se forge l’expérience et l’identité professionnelle, tandis que les couleurs signalent l’appartenance et le statut au sein d’une communauté régie par ses propres codes et rites d’admission. Ensemble, ils composent une véritable parure, au sens plein du terme, destinée à être vue et reconnue. La photographie fixe ainsi un moment où l’identité se donne à lire à travers les objets. Elle montre comment la parure peut à la fois révéler et mettre en scène : elle construit une image sociale, maîtrisée et signifiante. En immortalisant ces éléments, l’image témoigne aussi de leur importance dans la culture compagnonnique. Elle constitue enfin un document rare sur la manière dont ces signes étaient portés, perçus et valorisés dans la société du XIXe siècle.
Musée départemental du Compagnonnage Photographie de Pierre-François Guillon Anonyme -
porte- éventail roi - Onychorhynchus coronatus Petetin (collecteur)
Provoquer une attirance sexuelle - Protéger / soigner
Longtemps, l’idée qu’un genre puisse représenter une espèce entière s’est imposée, y compris dans le monde scientifique — un biais encore perceptible dans les musées et les manuels d’ornithologie. L’espèce Onychorhynchus coronatus (Müller, 1776), qui signifie littéralement « oiseau au bec griffu couronné » est connu sous son nom vernaculaire français de porte-éventail roi. Vivant en Amérique du Sud, une huppe est arborée aussi bien par les mâles que les femelles (rouge chez les premiers, orange pour les secondes). Bien qu’elle soit utilisée par les mâles lors de leurs parades, elle sert également à dissuader les prédateurs. Cette taxidermie du muséum d’histoire naturelle de Besançon est bien une femelle… affublée du même titre royal mais sans que son nom ne soit accordé ! Au-delà de voir les femelles d’une espèce dotées d’appellations masculines (citons le coq-de-roche péruvien ou encore le chevalier guignette), l’aspect le plus problématique de ce biais est d’ordre scientifique. Il s’avère que parmi les spécimens dits types, servant de mètres-étalons et constituant les référentiels pour la définition d’une espèce, seulement 25% sont des femelles. Les caractères discriminants des espèces concernées sont alors basés sur des attributs essentiellement portés par les mâles, sans nécessairement les compléter par des spécimens femelles, pourtant porteuses elles aussi de caractères propres à leur sexe.
Muséum d’histoire naturelle de Besançon porte- éventail roi - Onychorhynchus coronatus Petetin (collecteur) -
Pipra aureola (Linne , 1758)
Provoquer une attirance sexuelle
Les oiseaux mâles arborent très souvent des parures qui impressionnent par leur extravagance. Plumages aux couleurs vives ou ornements de formes sensationnelles, ces caractères sexuels sont utilisés lors des parades en période de reproduction, espérant susciter l’intérêt des femelles. Chez ces animaux, la probabilité de naître mâle ou femelle est la même. Mais cette neutralité est loin d’être représentée dans les collections des muséums : 60% des taxidermies d’oiseaux qui s’y trouvent conservés sont des mâles. On parle de biais de collectes. Désireux de posséder de tels spécimens pour en faire d’impressionnants objets à exposer, ces atours ont longtemps été très efficaces auprès des collectionneurs et conservateurs de musées, faisant parfois fi de la réalité scientifique ! Le manakin auréolé Pipra aureola (Linne , 1758) en est une parfaite illustration. Originaire d’Amérique du Sud, l’espèce présente un fort dimorphisme sexuel. Le mâle arbore une parure rouge vif sur la moitié supérieure du corps. Chez la femelle, le plumage tend sur le vert sombre. Conservée dans le fonds du muséum d’histoire naturelle de Besançon, cette taxidermie est celle d’un mâle prélevé en 1867. Deux autres spécimens sont également conservés... mais ce sont toujours des mâles et aucune femelle a l’horizon !
Muséum d’histoire naturelle de Besançon Pipra aureola (Linne , 1758) -
Couleur de Compagnon Charpentier du Devoir de Liberté de Pierre-François Guillon Anonyme
Ce long ruban de soie, porté par les Compagnons Charpentiers du Devoir de Liberté, constitue un puissant marqueur visuel. Par sa longueur et sa présence, il attire le regard et signale immédiatement l’identité de celui qui le porte. Il ne s’agit pas seulement d’un ornement, mais d’un véritable code social. La couleur exprime plusieurs niveaux d’information : l’appartenance à un métier, à un courant compagnonnique spécifique, mais aussi l’ancienneté ou le statut. Elle rend ainsi visible une organisation complexe, fondée sur des réseaux, des circulations et des échanges entre individus et territoires. Elle est également le signe d’un mérite acquis, reflétant le parcours, l’engagement et la reconnaissance obtenue au sein de la communauté. En tant que parure matérielle, elle modifie l’apparence du corps et participe à une mise en scène de soi. Elle suscite l’admiration tout en affirmant une identité collective forte. Par sa matérialité précieuse et sa fonction symbolique, elle incarne parfaitement la capacité de la parure à magnifier et à signifier. Elle rappelle enfin que ces objets, au-delà de leur esthétique, sont porteurs d’une mémoire sociale et professionnelle. La couleur traduit aussi l’attachement profond des compagnons à leur communauté, à ses valeurs et à ses traditions, dont elle constitue l’un des signes les plus visibles et les plus investis de sens.
Musée départemental du Compagnonnage Couleur de Compagnon Charpentier du Devoir de Liberté de Pierre-François Guillon Anonyme -
Couleur de compagnon de Pierre-François Guillon Anonyme
Marquer un statut social
La « couleur » est sans doute l’élément de parure le plus emblématique du compagnon. Ce ruban de soie, porté lors des cérémonies et des rassemblements, dépasse largement sa fonction décorative. Il incarne l’appartenance à une communauté structurée, fondée sur des valeurs, des rites et une transmission. Par sa matière même, la soie, la couleur affirme une forme de prestige. Elle transforme le vêtement de travail en tenue de représentation, introduisant une dimension de distinction sociale. Associée à une médaille, elle devient un signe visible de reconnaissance, lisible par les initiés comme par le grand public. Porter la couleur, c’est aussi se rendre visible : elle inclut celui qui la porte dans le groupe tout en excluant ceux qui n’y ont pas accès. Elle fonctionne ainsi comme une frontière symbolique, marquant l’identité collective autant que le parcours individuel. À travers cet objet, la parure se fait langage : elle dit l’appartenance, le rang et l’engagement.
Musée départemental du Compagnonnage Couleur de compagnon de Pierre-François Guillon Anonyme -
Broche « Marguerite » CASTELLANI Fortuneo Pio (attribué à )
Imiter - Susciter l’admiration ou le prestige
Broche ronde en or et émail blanc figurant une marguerite. Bijou d’inspiration antique à l’image des attaches dont se servaient les aristocrates romaines à Pompéi ou à Herculanum pour maintenir la fermeture de leur robe. Cette broche fut offerte à Louise Adélaïde de Blocqueville par la princesse Carolyne de Sayn Wittgenstein pour la saint Louis en 1875 ou 1878.
En 1814, Fortunato Pio Castellani, orfèvre italien, fait un pari audacieux dont le succès repose sur les riches voyageurs du « Grand Tour » : restaurer et réinterpréter les bijoux antiques. Aidé par ses fils, il crée le « bijou archéologique ». Les fouilles de Pompéi et d’Herculanum fournissent de multiples modèles de parures qui serviront d’inspiration pour la création de bijoux modernes de style antique, à l’image de notre broche marguerite. Le succès de l’atelier de Castellani est fulgurant. Mais ils ne sont pas de simples imitateurs de l’orfèvrerie antique ; ils ressuscitent un savoir-faire séculaire, en particulier la granulation de l’or et mettent au point un procédé chimique capable de reproduire la couleur claire de l’or étrusque. A la faveur des expositions universelles de Londres en 1862, de Paris en 1867 ou Philadelphie en 1876, la renommée des Castellani devient internationale. Les plus grandes cours d’Europe figurent sur les livres de clientèle de la maison d’orfèvrerie : Victor-Emmanuel II de Savoie, l’Impératrice Eugénie ou Frédéric III de Prusse.
Musées d’Auxerre - Salle Davout d’Eckmühl Broche « Marguerite » CASTELLANI Fortuneo Pio (attribué à ) -
Portrait de femme romaine Jules-Eugène Lenepveu (1819-1898)
Marquer un statut social - Imiter
Le Portrait de femme romaine de Jules-Eugène Lenepveu présente de nombreux bijoux, mis en valeur par un mantelet blanc. L’élégante coiffure de la dame est parachevée par un ruban et une épingle à cheveux. Elle porte de longues boucles d’oreilles pendantes en corail et un collier assorti. La qualité et la quantité des bijoux révèlent que le personnage imaginé fait partie de l’élite. Quant à savoir si le peintre s’inspire de réels éléments de parure antiques, cela reste à vérifier. Les femmes romaines portaient en effet des épingles dans leurs cheveux, généralement en or ou en argent. Les pendentifs en forme de croissant étaient populaires, mais le type visible ici semble davantage d’inspiration hellénistique. Les boucles d’oreilles ne paraissent pas avoir d’équivalent. A propos du corail, il s’agit d’un animal marin, bien qu’assimilé à une pierre durant l’Antiquité, très vite surexploité en Méditerranée. Le poète Ovide imagine sa création légendaire dans Les Métamorphoses (Ier siècle). Après avoir été coupée par Persée, la tête ensanglantée de Méduse aurait pétrifié les algues sur lesquelles elle était posée, donnant naissance au corail rouge. Celui-ci est réputé pour ses nombreuses vertus médicales et protectrices. Dans cette même fin apotropaïque, certains colliers romains étaient ornés d’une tête de la Gorgone. Pour un parallèle dans la peinture du XIXe siècle, Frederick Sandys figure Médée avec un collier aux perles de corail similaires, pareilles à des gouttes de sang.
Musée de l’Avallonnais Jean Després Portrait de femme romaine Jules-Eugène Lenepveu (1819-1898) -
Portrait de jeune fille à la perle Louis-René BOULANGER
Marquer un statut social
Cette jeune fille est représentée de trois-quarts, à mi-corps, assise sur une chaise en bois, le regard tourné vers le peintre ; en prenant cette pose, cette jeune personne devient admonitrice et attire les spectateurs dans son espace, sa pièce, son univers. Sa posture détendue, avec les épaules basses et les mains croisées sur les genoux, traduit un moment de calme, de sérénité et d’attente pendant la réalisation du portrait. Elle porte une tunique blanche aux manches larges et de trois-quarts qui laissent apparaître ses fins poignets. L’encolure est resserrée par un ruban blanc, créant ainsi de nombreux plis qui descendent jusqu’au bustier de la robe aux couleurs chaudes et à la texture douce et épaisse à la fois. Une ceinture en tissu souligne sa taille. Ses cheveux brun foncé, séparés par une raie médiane, mettent en valeur sa carnation et la courbe douce de son menton. Un foulard aux couleurs chaudes et vives accompagne sa coiffure et fait ressortir la couleur des cheveux par rapport au fond plus sombre du tableau. La lumière provenant du haut à gauche éclaire à la fois la jeune fille et l’ensemble du portrait, créant deux diagonales lumineuses : celle du foulard, et celle de l’épaule droite de la jeune fille. Le nœud de la tunique, situé en plein centre du tableau, fait partie de la diagonale de la fameuse perle évoquée dans le titre de l’œuvre. La boucle d’oreille, très longue et constituée de plusieurs perles, brille en reflétant la lumière.
Musée de Semur-en-Auxois Portrait de jeune fille à la perle Louis-René BOULANGER -
Casque et cuirasse Jouets de Paris
Dissimuler / Duper - Protéger / Soigner
Les jouets guerriers existent depuis l’Antiquité. Au Moyen Âge, les enfants de la noblesse recevaient une épée et un bouclier afin de se préparer à leur futur rôle de chevalier.
Grâce à l’industrialisation au XIXe siècle, de nombreux fabricants produisent des armures en série. La société Jouet de Paris se spécialise dans les jouets en métal, notamment les automobiles et les trains.
La panoplie du guerrier comprend une cuirasse en zinc nickelé, maintenue par des bretelles et une ceinture en cuir. Au centre figure un soleil, symbole de force et de gloire.
Elle inclut aussi une reproduction du casque de cuirassier français de 1874. Il se compose d’une bombe, d’une visière et d’un cimier doré avec porte-plumet. On y trouve également une houppette, un plumet rouge et une crinière, renforçant son aspect réaliste.
Musée du Jouet de Moirans-en-Montagne Casque et cuirasse Jouets de Paris -
Bagues de poilus Inconnu
Transmettre un message - Témoigner son amour
Ces bagues ont été réalisées par des Poilus durant la Première Guerre mondiale, à partir de fusées d’obus allemands, de clous ou encore de boutons. L’artisanat permet de lutter contre l’ennui dans les temps longs de la guerre. Les matériaux, retravaillés et réemployés par les combattants, deviennent des objets civils, rappelant l’ancienne vie, avant le front et les dangers permanents. Ces objets témoignent de la grande complexité et de la confusion des sentiments des soldats : améliorer le quotidien, offrir, utiliser comme monnaie d’échange ou encore garder un souvenir voire un trophée, même si la matière première provient d’ennemis parfois invisibles dont ils sont l’incarnation. « Je veux te sculpter une bague très pure dans un métal d’effroi » disait Apollinaire dans une lettre à Lou en 1915.
Musée d’Art et d’Histoire de Belfort Bagues de poilus Inconnu -
Costume de cartomancienne Inconnu
Dissimuler / Duper - Marquer un statut social
En France, l’art de prédire l’avenir et d’interpréter les cartes connaît un grand succès depuis le XVIIIᵉ siècle, notamment avec le célèbre tarot d’Etteilla, puis avec Mademoiselle Lenormand au siècle suivant. À une époque où la bourgeoisie s’intéressait à l’occulte, Mademoiselle Lenormand était reconnue pour ses dons divinatoires hors du commun, don qu’elle tirait de ses cartes.
Bien que cette pratique soit principalement destinée aux adultes, les plus jeunes reproduisent volontiers leurs gestes et leurs jeux.
Ce costume de cartomancienne se compose d’une longue robe jaune foncé et rouge, accompagnée d’un châle assorti. Des cartes à jouer ainsi que des représentations de dés en deux dimensions sont appliquées sur la robe. L’ensemble est complété par un fichu rouge orné de dentelles blanches.
Musée du Jouet de Moirans-en-Montagne Costume de cartomancienne Inconnu -
Bague « boulon » Jean Després (1889-1980)
Imiter
Orfèvre et bijoutier avallonnais, Jean Després (1889-1980) est l’un des représentants français du style Art déco. Les bijoux qu’il crée entrent en rupture avec le goût de l’époque, qui privilégiait les assemblages onéreux de pierres et métaux précieux.
Dessinateur de pièces de moteur dans l’aviation pendant la Première Guerre mondiale, Jean Després conserve un goût pour la mécanique dans ses recherches stylistiques. Au début des années 1930, il s’inspire des formes mécaniques pour créer ses « bijoux moteurs » : broches bielle ou vilebrequin, bagues boulon ou arbre à cames…
Les bagues sont le support de prédilection de Jean Després. La bague ci-contre est une bague dite « boulon », elle fait partie de la collection des « bijoux moteurs ». Son chaton est orné d’une demi-sphère à 12 échancrures sur le rebord extérieur, et d’un motif de boulon au centre. Sous les outils de Jean Després, une forme industrielle et triviale devient l’élément central d’un objet de parure.
Musée de l’Avallonnais Jean Després Bague « boulon » Jean Després (1889-1980) -
Autoportrait Ernest Boguet
Marquer un statut social
L’œuvre en question représente Ernest Boguet, artiste montbardois du début du XXe siècle, peint par lui-même. Il est représenté avec les artifices du peintre. On le retrouve dans son atelier, devant son chevalet en train de peindre la toile que nous avons devant les yeux. Il nous regarde et nous invite ainsi dans le tableau comme il est parfois de rigueur de le faire. Bien-sûr il tient comme tous bons peintres se représentant dans l’activité, la palette et le pinceau.
Se protégeant d’une blouse blanche, mais portant le béret et l’écharpe bleu, il laisse deviner une partie de son intérieur. On peut noter, par exemple, la présence d’un buste derrière lui – représentant très probablement Eugène Guillaume –, tandis que des vêtements de rechange et un pinceau sont posés sur le bord de sa fenêtre. C’est de celle-ci que provient la lumière, non artificielle. C’est grâce à elle, aussi, que l’on devine les boiseries qui ornent l’atelier du peintre. Il s’agit là d’un portrait presque conventionnel de l’artiste, avec les attributs qui sont propres à son expertise. En cela, il est moins transgressif que certains autoportraits de l’artiste. Certains le montrent, par exemple, en train de fumer. Ces petites différences traduisent des modes de représentation et témoignent des périodes que l’artiste traverse. Elles reflètent également la manière dont il se conçoit et l’image qu’il souhaite renvoyer au spectateur.
Musée et parc Buffon Autoportrait Ernest Boguet -
Couronne céleste Inconnu
Identité / Appartenance - Marquer un statut social
Chez les Yao Mien et Mun, une ethnie minoritaire asiatique répartie en Chine, au Vietnam, au Laos et en Thaïlande, la parure occupe un rôle identitaire important.
À l’approche de la puberté, les jeunes filles Kim Mun ayant atteint l’âge de l’initiation ont le droit de porter la « couronne céleste ». Cette coiffe est portée au quotidien.
L’exemplaire présenté ici se compose d’un disque central en aluminium, orné d’une étoile à 10 branches et d’épingles en aluminium, monté sur un bâti de tresses de cheveux postiches.
Les couronnes célestes se transmettent de mère en fille. Si une famille a plusieurs filles, c’est l’aînée qui hérite de la couronne de la mère ; les autres filles doivent réaliser elles-mêmes leurs couronnes.
Musée de l’Avallonnais Jean Després Couronne céleste Inconnu -
Groupe de Combattant variés Calidris pugnax Anonyme
Provoquer une attirance sexuelle
Chez les combattants variés (Calidris pugnax), comme chez d’autres oiseaux, les femelles choisissent les mâles reproducteurs sur des critères esthétiques. Au printemps, lors la période de reproduction, le combattant mâle se dote d’un plumage nuptial qu’il perdra ensuite : chaque individu présente une collerette et des oreillettes aux colorations uniques (blanc, gris, brun, noir...), faites de plumes érectiles. Les mâles, réunis sur une aire de parade, le « lek », se mesurent les uns aux autres en déployant leurs plumes. Certains s’affrontent à coup de bec en sautillant. Ils exécutent à l’adresse des femelles une « danse » en hérissant leur collerette et leurs oreillettes, en effectuant des gestes au sol avec leurs pattes, en déployant leurs ailes. Les femelles vagabondent, choisissent leurs fécondateurs, puis se retirent pour nicher. Les mâles ne participent pas à l’élevage des petits.
Jardin de l’Arquebuse, Muséum d’histoire naturelle de Dijon Groupe de Combattant variés Calidris pugnax Anonyme -
Masque pour la danse de Kotou Inconnu, adolescent de 16 ans
Dissimuler / Duper - Marquer un statut social
En Côte d’Ivoire, un adolescent de 16 ans a sculpté ce masque pour son jeune frère, qui l’a porté lors de la danse de Kotou. Avec ses camarades, il rejoue une scène inspirée de la vie communautaire.
Chez les Baoulés, la danse de Kotou est célébrée en hommage à un boa qui, selon la tradition, aurait tourné plusieurs jours autour d’un poulailler avant de réclamer qu’une danse soit créée en son honneur.
Outre le masque, le danseur porte une jupe en raphia ainsi que des grelots confectionnés à partir de fruits attachés à ses chevilles. Au rythme des tambours, il exécute des mouvements acrobatiques.
Ce masque a été collecté par l’ethnologue Chantal Lombard lors de l’un de ses voyages en Afrique. Passionnée par les jouets fabriqués par les enfants, elle a parcouru plus d’une trentaine de pays.
Musée du Jouet de Moirans-en-Montagne Masque pour la danse de Kotou Inconnu, adolescent de 16 ans -
Paliacate Inconnu
Identité / Appartenance
Parure oui ! Mais plutôt accessoire de parure ici ! Le plus courant au Mexique est sans aucun doute le paliacate, ce foulard que l’on retrouve aussi bien dans le quotidien, nouant des cheveux, attaché autour du cou, dépassant d’une poche de jean, que dans les tenues de fête ou de danse comme dans ce costume de femme Jarocha typique de l’État de Veracruz (sud du golfe du Mexique), ou ici, attaché à la taille avec le jupon, il retombe le long de la hanche. Utilisé inconditionnellement au Mexique, en ville comme à la campagne, autant par les hommes que par les femmes, cet accessoire est en réalité originaire d’Inde. Son nom provient de Pulicat, une ville côtière du golfe du Bengale où il était fabriqué. Au départ, ce foulard rouge possède des motifs jaunes appelés bôteh Jegheh (bouquet de fleurs en perse) car originaires d’Iran. Ces « arabesques » bien connues arrivent dans plusieurs régions d’Asie en empruntant la route de la soie et se développent particulièrement en Inde dans la région du Cachemire. Au cours du 17e siècle ce motif est totalement adopté par les tisserands indiens et adapté à la culture indienne. Avec les comptoirs commerciaux du pays, ces motifs se répandent dans le monde entier puis sont copiés.
Dans le Mexique contemporain, on le voit aux mains des paysans ou retenant leurs cheveux quand ils travaillent sous le soleil, dans la poche des passants ou des travailleurs pour s’essuyer le visage ou, grâce à sa taille pratique, autour du cou pour se protéger la gorge. Pendant la Révolution le paliacate, toujours rouge, se transforme en symbole : les révolutionnaires l’apposent au-dessus du nez et le nouent derrière la tête. Il masque le visage des individus tout en révélant la lutte. Au départ en soie, comme on le retrouve ici dans le costume de la Jarocha où il est à la fois pièce du costume et accessoire de danse (tenu dans la main, il amplifie le mouvement du bras et devient un élément même de la danse du Son jarocho), on le retrouve aujourd’hui sur tous les étals, en coton et de toutes les couleurs. Le vert, depuis la création du collectif Ni unas menos (Pas une de moins) né en Argentine suite au féminicide d’une enfant de 14 ans, est devenu l’étendard de la lutte des femmes pour le droit à l’avortement dans toute l’Amérique latine. Au Mexique, on le retrouve lors de la marche des femmes le 8 mars aux côtés du paliacate violet, emblème de la lutte pour l’égalité des genres.
Musée départemental Demard des Arts et Traditions Populaires Paliacate Inconnu -
Papillon feuille morte Kallima inachus (Doyère, 1840) Anonyme
Dissimuler / Duper - Imiter
Certains papillons ont au cours de l’évolution, acquis des caractères étonnants, sorte de compromis entre survie et reproduction. Lorsqu’il est posé sur une branche, les ailes repliées, le Kallima inachus , un papillon vivant dans les forêts d’Asie, peut être confondu avec une feuille morte. S’il se sent menacé, il se laisse tomber parmi les feuilles mortes et passe inaperçu. Ce parfait camouflage est un cas de mimétisme cryptique (du grec kryptos “caché”), résultat d’une stratégie de défense contre les prédateurs. A l’inverse, la partie dorsale des ailes est très colorée, caractère favorisé par la sélection sexuelle : les individus aux couleurs les plus vives attirent mieux les partenaires. Ainsi, le papillon peut changer d’apparence selon les circonstances !
Jardin de l’Arquebuse, Muséum d’histoire naturelle de Dijon Papillon feuille morte Kallima inachus (Doyère, 1840) Anonyme